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ESSAI DU CAMION LATIL, type TAR 1915.


LATIL T.A.R. 4 x 4  1915 (restauré par la Fondation Marius Berliet, à Lyon.

Mise en route.

D'abord on lève le capot. On verse la valeur d'un demi dé à coudre d'essence dans chacun des purgeurs et l'on ouvre le robinet d'essence sous le siège. On titille un tantinet le carbu, jusqu'à faire "dégueuler" la cuve, puis on court au poste de pilotage pour abaisser les leviers du volet d'air et de l'accélérateur à main. Il n'y a plus qu'à héler un comparse pour tourner la manivelle. Un tour de manivelle, et le moteur part. On se précipite pour ouvrir l'air et régler les gaz. Le moteur accepte un ralenti de 100 tr/mn. A ce régime, il ne vibre pas et respire correctement.

Au volant.

Les roues mesurant 1,16 m, le poste de pilotage est très haut, et on y accède par deux marches, en se cognant généralement le genou. Devant une rudimentaire, mais large banquette, prévue pour au moins trois passagers, trône un volant en bois pour ainsi dire horizontal. Au pied de le colonne de direction, un pédalier classique, avec un accélérateur vertical. La moleskine glissante du siège est appréciable, car elle autorise des mouvements d'avant en arrière, induspensables à la conduite du véhicule. Assis derrière le volant, mon horizon se limite au tablier avant qui épouse le galbe du radiateur. L'axe médian du véhicule est symbolisé par l'énorme orifice de remplissage du radiateur. A ma droite, le frein à main, d'au moins 1,50 m de haut barre la route au levier de vitesses légérement plus petit. Curieuse disposition : le levier de vitesses est à l'extrême droite, et en plus, il est coudé vers l'extérieur.

L'accélérateur, de par sa verticalité, est incommode, la pédale d'embrayage est dure et le débattement du levier de vitesses est phénoménal. Debout sur le plancher, penché en avant, je contrôle que la manivelle a bien été immobilisée en position haute, et que le levier de vitesses est bien en position "pont arrière craboté". L'effort est tel sur la pédale d'embrayage que je me décolle du siège. La grille de changement de vitesses est vaguement en forme de H. A partir du point mort, levier à fond à droite, je tire vers moi de deux crans pour enclencher la première vitesse, et de trois pour la marche arrière. L'embrayage est progressif, grâce à l'huile de pied de boeuf qui l'empêche de brouter.

La deuxième vitesse se passe après un double pédalage, mais vu le poids du camion, sa vitesse et le débattement du levier, on redémarre en fait à l'arrêt, ce que le véhicule admet sans broncher. Le troisième rapport est plus difficile encore à passer, car il faut amener le levier trente centimètres en avant tout en se repoussant en arrière pour débrayer. D'où les glissades sur moleskine !

Le visage fouetté par le vent - nous frôlons les 10 km/h - je me familiarise avec la direction en dessinant des "8" sur le parking, avant d'attaquer le tout-terrain. La direction n'est pas un modèle de douceur, et si le volant avait été plus grand, celà ne m'aurai pas gêné. Pour braquer quand le camion roule, ça va encore, mais le mécanisme à quatre roues directrices demande plus d'effort pour ramener les roues en position droite. Comme avec un véhicule classique en marche arrière, les roues ont toujours tendance à amplifier le braquage qu'on leur donne.

Avant de m'élancer dans un champ fraîchement moissonné, je fais un essai de frein. Alors là, chapeau ! Simplement avec le frein à pied, je bloque tout sur quelques mètres, et si je n'avais pas prévenu mon passager, il se serait levé du siège sous la force ! Quand je pense que ce frein n'agit que sur la transmission, et pour une pression à la pédale tout à fait raisonnable... Mais n'oublions pas que le Latil est un tracteur conçu pour remorquer plus de 20 tonnes et que dans cette configuration, un bon frein à pied aidé d'un colossal frein à main ne sont pas de trop.

Avec précaution, je quitte le bitume pour le labour. Je démarre en seconde pour simplifier les manoeuvres. Le passage des tracteurs a laissé à l'entrée des saignées transversales que je dois franchir de biais. Je crains un peu le manque d'adhérence des bandages lisses, mais le 4 X 4 se déhanche comme il peut compte tenu du faible débattement de ses suspensions et franchit l'obstacle au ralenti. Un chemin bien nivelé s'offre à nous, idéal pour lancer l'engin. Quatrième, cinquième, nous flirtons maintenant avec les 20 km/h. Les suspensions ne sont pas un modèle de confort, mais ce n'est pas une surprise. A cette vitesse, la tenue de cap est aléatoire, et il faut sans cesse se battre avec le volant. Le Latil gagnerait à avoir un blocage des roues arrières en ligne droite. Paradoxalement, la tenue de route semble correcte puisqu'en virage en cinquième, le tracteur ne bronche pas. Il est vrai que l'empattement est court et la voie large (2,20 m).

Comme je vous sais avide de performances, j'ai fait des chronos : 400 m départ arrêté en 1 minute 59 secondes, et 1.000 m départ arrêté en 4 minutes 29 secondes. Pas si mal pour un poids à vide de 5,8 tonnes.

Ce n'est pas un camion, le Latil, c'est une salle de musculation. Quel effort pour le routier, quand il tractait 20 tonnes derrière son Latil, pour le conduire des heures durant sur les chemins de la "Grande Guerre", par exemple...


Article extrait de : "L'essai du mois" LATIL T.A.R. 4 x 4 1915 par Didier VIALARD,
in LA VIE DE L'AUTO n° 87 du 29 octobre 1987.



Manoeuvre du 120 long, à l'aide d'un tracteur LATIL T.A.R. muni de bandages Bergougnan, pendant la Grande Guerre



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